

Paru le 10/2004
Documents, Actualités, Société 10/2004
Chez les Swofford, on est soldat de père en fils, et chaque génération a sa guerre. Le grand-père dAnthony Swofford a fait la Seconde Guerre mondiale, et son père le Vietnam. Pour lui, adolescent exalté rêvant de plaies et de bosses, ce sera la guerre du Golfe, celle de 1991. Engagé volontaire à dix-sept ans dans les marines, ce corps délite des forces armées américaines, il fait partie du corps expéditionnaire déployé dans les opérations Bouclier et Tempête du désert.
Lennui, les brimades, la déprime, la biture, le règlement imbécile, la discipline de fer, la régression intellectuelle et le désert affectif, mais aussi la camaraderie, la solidarité, la technicité, lefficacité, la fierté, lesprit de corps : Anthony Swofford nous fait partager la dure vie des « jarheads », ainsi surnommés parce que leur coupe de cheveux leur fait une « tête de bocal ».
Formé à tuer de mille manières, Swofford naura guère loccasion dexercer ses talents : ce que lui et ses camarades trouvent en entrant au Koweït, après des semaines de bombardements intensifs, est un désert parsemé de puits de pétrole en flammes et jonché de cadavres irakiens. La nouvelle doctrine américaine du « zéro victimes » (américaines, bien sûr) fait la preuve de sa monstrueuse efficacité.
Mais il a beau être du côté des vainqueurs, Swofford sortira meurtri de cette épreuve, comme un grand infirme de guerre qui cherche sa vérité et sa rédemption et finit par les trouver dans lécriture.
Ce livre tour à tour brûlant, glaçant, burlesque et tragique nest pas un réquisitoire antimilitariste : Anthony Swofford ne sexcuse de rien et nen veut à personne. Il raconte avec brutalité et justesse ses cinq années passées dans cette étrange secte que sont les US marines, et les ravages que la guerre commet sur les jeunes gens immatures qui se prennent pour des héros alors quils ne sont que des pions.


